Le Liban plus que jamais au cœur des enjeux régionaux et internationaux L’OLJ / Par Scarlett HADDAD


À mesure que le clivage interne s’approfondit, il devient de plus en plus clair, en dépit des complications purement libanaises, qu’il constitue d’une certaine manière un des aspects du grand duel entre les États-Unis et l’Iran. Chacune de ces deux parties cherche à utiliser la carte libanaise dans son propre intérêt. Les États-Unis veulent montrer que le Liban n’est plus sous la coupe iranienne et l’Iran veut montrer qu’il continue à avoir une grande influence dans le pays. Chaque partie mobilise son camp, dans une tentative d’obtenir une percée au Liban, en prélude ou en harmonie avec la grande victoire attendue à l’échelle régionale et internationale.

Cette dualité a peut-être un aspect positif dans la mesure où l’Iran avait exigé que le Liban soit inclus dans le cessez-le-feu qu’il a conclu avec Washington alors que le président américain a utilisé toute la pression possible sur le Premier ministre israélien pour le pousser à accepter une trêve, même boiteuse. D’ailleurs, à quelques jours d’intervalle, il y a eu deux annonces séparées de la prolongation des deux trêves, celle entre les États-Unis et l’Iran et celle entre Israël et le Liban. Les annonces séparées visaient à montrer que les deux dossiers sont désormais distincts, mais la quasi-simultanéité des prolongations pourrait être l’indice du lien persistant.

Autrement dit, derrière les considérations purement internes, la lutte régionale et internationale se poursuit au Liban. Quel camp va pousser l’autre à plier ? Le camp proche du Hezbollah veut pousser le chef de l’État à renoncer au processus de négociations directes avec Israël. Le camp hostile au Hezbollah cherche au contraire à faciliter ce processus en arguant du fait que la guerre n’a apporté que des catastrophes aux Libanais, et aux habitants du Sud en particulier, et qu’il serait bon de recourir aux négociations pour protéger le Liban et obtenir le retrait israélien. D’ailleurs, dans le camp proche du Hezbollah, beaucoup estiment que les dernières déclarations de Benjamin Netanyahu sur un début de retrait de ses troupes de certaines localités au sud du Liban s’inscriraient dans le cadre des pressions américaines exercées sur lui pour faciliter l’orientation officielle libanaise vers des négociations directes.

De l’autre côté, ce n’est pas un hasard non plus si, dans les dernières propositions qu’ils ont remises aux médiateurs pakistanais, les Iraniens ont mis en premier la nécessité d’un cessez-le-feu englobant le Liban. Ce qui montre bien que les Iraniens n’acceptent pas les tentatives du camp proaméricain de dissocier le dossier libanais du conflit global. C’est un message clair qui a été ainsi envoyé aux Américains, mais aussi aux Libanais, en montrant que la République islamique n’est pas prête à lâcher la carte libanaise, quelles que soient les pressions exercées dans ce but.

Quels que soient les faits, on revient donc toujours à cette approche. Mais en attendant que les deux protagonistes (l’Iran et les États-Unis) aboutissent à un accord, le Liban est en train de payer un prix très lourd, tant au Sud que dans les autres régions, avec notamment la crise des déplacés et la question économique, ainsi que le clivage politique, avec une tension grandissante entre les différentes composantes de la société. C’est dans ce contexte précis qu’est apparue une initiative saoudo-égyptienne visant à rapprocher les points de vue entre les différentes parties libanaises et à faire baisser la tension au niveau de la rue. Les responsables saoudiens et égyptiens ont aussi envoyé des messages clairs aux Libanais pour leur demander de ne pas aller trop vite et trop loin dans les concessions, car cela pourrait mettre en danger la paix civile interne. Les Saoudiens ont même suggéré aux Libanais de revenir sous le plafond de l’initiative arabe lancée à partir du sommet arabe qui s’est tenu au Liban en 2002. De même, des informations en provenance de Riyad parvenues au Liban affirment que ce pays, tout comme la Syrie, devrait bénéficier de l’alliance en train de se former entre le Pakistan, l’Égypte, l’Arabie saoudite et la Turquie. Cette alliance, qui n’est pas encore officielle, serait un moyen de lutter contre les ambitions hégémoniques israéliennes sur la région en essayant notamment d’ouvrir des canaux de négociation avec l’Iran. Toujours selon les informations en provenance de Riyad, au cours de sa dernière visite à Beyrouth, l’émissaire saoudien l’émir Yazid ben Farhane aurait aussi conseillé à tous ses interlocuteurs libanais de tout faire pour réduire la tension dans le pays et pour éviter l’éclatement d’un nouvel affrontement interne.

En conclusion, il semble que le Liban soit plus que jamais au cœur des crises qui secouent la région, qu’il s’agisse du bras de fer entre l’Iran et les États-Unis ou des alliances qui se nouent et des enjeux qui détermineront les poids et les rôles des pays concernés. Il reste donc un terrain de confrontation et une caisse de résonance.