
Décryptage-A la veille du départ du commandant en chef de l’armée pour les Etats-Unis, la principale question qui se pose c’est le sort de la seconde phase du plan pour le contrôle des armes par l’Etat sur l’ensemble du territoire. La première, qui portait sur la zone au Sud du Litani s’étant terminée le 31 décembre 2025, la seconde devrait commencer immédiatement et les interlocuteurs américains du général Rodolphe Haykal devraient forcément évoquer cette question avec lui.
Ce qui paraissait normal dans le plan adopté par le Conseil des ministres, c’est-à-dire le début de la seconde phase juste après la fin de la première, semble en effet désormais compromis et les responsables du Hezbollah ont répété à plusieurs reprises ces derniers temps qu’il n’est pas question d’envisager une remise de ses armes dans les circonstances actuelles. Est-ce à dire que le pays se dirige inévitablement vers une confrontation entre l’armée -qui subit des pressions internationales et internes pour appliquer la totalité de son plan- et le Hezbollah qui insiste pour garder ses armes ?
Les milieux libanais hostiles au Hezbollah vont même jusqu’à brandir la menace d’une opération israélienne d’envergure contre le Hezbollah au cas où l’armée libanaise ne se décidera pas à agir de façon concrète et décisive contre cette formation. D’ailleurs, les attaques israéliennes ces derniers jours ont essentiellement porté sur la zone au nord du Litani, comme pour donner un avant-goût au Hezbollah de ce qui l’attendrait au cas où il ne décide pas de remettre toutes ses armes à l’armée, sur l’ensemble du territoire libanais.
Toutefois, ces menaces concrètes ainsi que le tollé politique interne au sujet de ses armes ne pousse pas le Hezbollah à changer sa position. Tous ses responsables continuent de clamer tout haut qu’il n’est pas question de déposer les armes au-delà du Litani. De leur point de vue, un accord a été conclu avec les Israéliens sous parrainage américain qui dit clairement que les Israéliens doivent se retirer des positions qu’ils ont occupées pendant la guerre de 66 jours ( fin septembre-octobre-novembre 2024) dans un délai précis à partir de l’entrée en vigueur de l’accord sur la cessation des hostilités. De même, cette exigence figure aussi dans le plan présenté par l’armée au gouvernement qui dit clairement que pour passer à la seconde phase, il faut que la zone au Sud du Litani soit devenue entièrement sous le contrôle de l’armée aidée par la FINUL et cela ne peut être réalisé qu’après le retrait israélien des positions récemment occupées. Or rien de tel n’a été accompli et par conséquent, le Hezbollah se sent libéré concernant le délai du début de la seconde phase, à partir du moment où il a rempli sa part de l’accord alors que les Israéliens n’ont rien fait.
Les Israéliens, appuyés par les Américains, ont bien essayé de contourner cette réalité en précisant que le contrôle des armes du Hezbollah par l’Etat n’a rien à voir avec l’accord de cessation des hostilités et qu’il s’agit d’une demande interne libanaise, appuyée par la communauté internationale et destinée à pousser cette dernière à soutenir le Liban après la disparition de la milice. Des parties libanaises hostiles au Hezbollah vont aussi dans ce sens et réclament le désarmement du Hezbollah, indépendamment de tout retrait israélien des positions occupées. De fait, la polémique bat son plein, autour du rôle de l’armée et de la seconde phase du plan.
Selon des sources proches de la troupe, l’armée compte évoquer son manque de moyens avec ses interlocuteurs américains et tous ceux qui lui demandent d’accélérer le processus de contrôle des armes sur l’ensemble du territoire. L’armée a en effet besoin d’armes, d’explosifs, de détecteurs et de nombreux moyens techniques pour pouvoir poursuivre sa mission au Nord du Litani. C’est pourquoi elle estime qu’au lieu de lui mettre la pression et de dénigrer « la lenteur » de son action, il vaudrait mieux plaider pour lui accorder des moyens plus efficaces et déterminants. C’est pourquoi l’armée mise beaucoup sur la visite du Commandant en chef aux Etats-Unis, ainsi que sur la prochaine conférence qui doit se tenir à Paris au début du mois de mars et qui est destinée à la soutenir. Autrement dit, avant d’avoir obtenu ne serait-ce qu’une partie de ses demandes, elle ne peut pas accomplir la mission qui lui est demandée dans les délais prévus, surtout si aucune pression n’est exercée sur les Israéliens.
Dans ce contexte, l’armée est consciente du fait que tant qu’il n’y a pas d’accord clair, les Israéliens continueront à prétendre qu’il existe encore des dépôts d’armes et une reconstruction des installations du Hezbollah un peu partout. Cet argument les pousse à poursuivre leurs attaques un peu partout sur l’ensemble du territoire libanais. D’ailleurs, en dépit de la campagne menée par l’armée libanaise pour montrer qu’elle a réellement pris le contrôle de la zone au Sud du Litani et malgré la confirmation de la FINUL, les Israéliens poursuivent leurs agressions dans cette partie du territoire, ainsi qu’au Nord du Litani. Ce qui signifie que rien ne compte les arrêter, quoique fasse l’armée et le Hezbollah. Ce dernier ne manque d’ailleurs pas d’utiliser les agissements des Israéliens pour justifier le maintien de ses armes dans la zone au Nord du Litani, en affirmant que sa coopération au sud ne protège pas cette région. Par conséquent, il ne compte pas refaire la même erreur et remettre ses armes sans obtenir des garanties de protection et sans l’assurance qu’il ne sera pas liquidé…
A ceux à l’intérieur qui lui reprochent d’avoir signé l’accord qui prévoit la remise de ses armes à l’Etat sur l’ensemble du territoire, le Hezbollah précise que même si cela était vrai, alors qu’il estime avoir signé pour le Sud du Litani uniquement, l’accord demande aussi aux Israéliens de se retirer des positions occupées. Au lieu de lui demander de déposer toutes ses armes, il faudrait donc demander aux Israéliens d’appliquer la partie de l’accord qui les concerne…
Face à ces positions opposées et au fait que les Américains qui pourraient pousser vers l’application de l’accord des deux côtés ne font rien, l’impasse est totale. Pour en sortir, il y a deux possibilités. La première consiste dans une confrontation entre l’armée et le Hezbollah pour contraindre ce dernier à déposer ses armes. Mais celle-ci n’est pas envisagée des deux côtés. Les deux parties concernées sont catégoriques pour dire qu’elle n’aura pas lieu car elle serait terrible pour elles. La seconde possibilité consiste à miser sur le temps… en attendant que le tableau régional et international se précise.
Nord du Litani…
Décryptage-A la veille du départ du commandant en chef de l’armée pour les Etats-Unis, la principale question qui se pose c’est le sort de la seconde phase du plan pour le contrôle des armes par l’Etat sur l’ensemble du territoire. La première, qui portait sur la zone au Sud du Litani s’étant terminée le 31 décembre 2025, la seconde devrait commencer immédiatement et les interlocuteurs américains du général Rodolphe Haykal devraient forcément évoquer cette question avec lui.
Ce qui paraissait normal dans le plan adopté par le Conseil des ministres, c’est-à-dire le début de la seconde phase juste après la fin de la première, semble en effet désormais compromis et les responsables du Hezbollah ont répété à plusieurs reprises ces derniers temps qu’il n’est pas question d’envisager une remise de ses armes dans les circonstances actuelles. Est-ce à dire que le pays se dirige inévitablement vers une confrontation entre l’armée -qui subit des pressions internationales et internes pour appliquer la totalité de son plan- et le Hezbollah qui insiste pour garder ses armes ?
Les milieux libanais hostiles au Hezbollah vont même jusqu’à brandir la menace d’une opération israélienne d’envergure contre le Hezbollah au cas où l’armée libanaise ne se décidera pas à agir de façon concrète et décisive contre cette formation. D’ailleurs, les attaques israéliennes ces derniers jours ont essentiellement porté sur la zone au nord du Litani, comme pour donner un avant-goût au Hezbollah de ce qui l’attendrait au cas où il ne décide pas de remettre toutes ses armes à l’armée, sur l’ensemble du territoire libanais.
Toutefois, ces menaces concrètes ainsi que le tollé politique interne au sujet de ses armes ne pousse pas le Hezbollah à changer sa position. Tous ses responsables continuent de clamer tout haut qu’il n’est pas question de déposer les armes au-delà du Litani. De leur point de vue, un accord a été conclu avec les Israéliens sous parrainage américain qui dit clairement que les Israéliens doivent se retirer des positions qu’ils ont occupées pendant la guerre de 66 jours ( fin septembre-octobre-novembre 2024) dans un délai précis à partir de l’entrée en vigueur de l’accord sur la cessation des hostilités. De même, cette exigence figure aussi dans le plan présenté par l’armée au gouvernement qui dit clairement que pour passer à la seconde phase, il faut que la zone au Sud du Litani soit devenue entièrement sous le contrôle de l’armée aidée par la FINUL et cela ne peut être réalisé qu’après le retrait israélien des positions récemment occupées. Or rien de tel n’a été accompli et par conséquent, le Hezbollah se sent libéré concernant le délai du début de la seconde phase, à partir du moment où il a rempli sa part de l’accord alors que les Israéliens n’ont rien fait.
Les Israéliens, appuyés par les Américains, ont bien essayé de contourner cette réalité en précisant que le contrôle des armes du Hezbollah par l’Etat n’a rien à voir avec l’accord de cessation des hostilités et qu’il s’agit d’une demande interne libanaise, appuyée par la communauté internationale et destinée à pousser cette dernière à soutenir le Liban après la disparition de la milice. Des parties libanaises hostiles au Hezbollah vont aussi dans ce sens et réclament le désarmement du Hezbollah, indépendamment de tout retrait israélien des positions occupées. De fait, la polémique bat son plein, autour du rôle de l’armée et de la seconde phase du plan.
Selon des sources proches de la troupe, l’armée compte évoquer son manque de moyens avec ses interlocuteurs américains et tous ceux qui lui demandent d’accélérer le processus de contrôle des armes sur l’ensemble du territoire. L’armée a en effet besoin d’armes, d’explosifs, de détecteurs et de nombreux moyens techniques pour pouvoir poursuivre sa mission au Nord du Litani. C’est pourquoi elle estime qu’au lieu de lui mettre la pression et de dénigrer « la lenteur » de son action, il vaudrait mieux plaider pour lui accorder des moyens plus efficaces et déterminants. C’est pourquoi l’armée mise beaucoup sur la visite du Commandant en chef aux Etats-Unis, ainsi que sur la prochaine conférence qui doit se tenir à Paris au début du mois de mars et qui est destinée à la soutenir. Autrement dit, avant d’avoir obtenu ne serait-ce qu’une partie de ses demandes, elle ne peut pas accomplir la mission qui lui est demandée dans les délais prévus, surtout si aucune pression n’est exercée sur les Israéliens.
Dans ce contexte, l’armée est consciente du fait que tant qu’il n’y a pas d’accord clair, les Israéliens continueront à prétendre qu’il existe encore des dépôts d’armes et une reconstruction des installations du Hezbollah un peu partout. Cet argument les pousse à poursuivre leurs attaques un peu partout sur l’ensemble du territoire libanais. D’ailleurs, en dépit de la campagne menée par l’armée libanaise pour montrer qu’elle a réellement pris le contrôle de la zone au Sud du Litani et malgré la confirmation de la FINUL, les Israéliens poursuivent leurs agressions dans cette partie du territoire, ainsi qu’au Nord du Litani. Ce qui signifie que rien ne compte les arrêter, quoique fasse l’armée et le Hezbollah. Ce dernier ne manque d’ailleurs pas d’utiliser les agissements des Israéliens pour justifier le maintien de ses armes dans la zone au Nord du Litani, en affirmant que sa coopération au sud ne protège pas cette région. Par conséquent, il ne compte pas refaire la même erreur et remettre ses armes sans obtenir des garanties de protection et sans l’assurance qu’il ne sera pas liquidé…
A ceux à l’intérieur qui lui reprochent d’avoir signé l’accord qui prévoit la remise de ses armes à l’Etat sur l’ensemble du territoire, le Hezbollah précise que même si cela était vrai, alors qu’il estime avoir signé pour le Sud du Litani uniquement, l’accord demande aussi aux Israéliens de se retirer des positions occupées. Au lieu de lui demander de déposer toutes ses armes, il faudrait donc demander aux Israéliens d’appliquer la partie de l’accord qui les concerne…
Face à ces positions opposées et au fait que les Américains qui pourraient pousser vers l’application de l’accord des deux côtés ne font rien, l’impasse est totale. Pour en sortir, il y a deux possibilités. La première consiste dans une confrontation entre l’armée et le Hezbollah pour contraindre ce dernier à déposer ses armes. Mais celle-ci n’est pas envisagée des deux côtés. Les deux parties concernées sont catégoriques pour dire qu’elle n’aura pas lieu car elle serait terrible pour elles. La seconde possibilité consiste à miser sur le temps… en attendant que le tableau régional et international se précise.


