En cas de nouvelle offensive israélo-américaine contre l’Iran, que fera le Hezbollah ? Cette question hante les Libanais et ne semble pas avoir de réponse claire. Car entre les deux échéances électorales, américaine et israélienne, tous les scénarios restent possibles.
Lors de la visite à Beyrouth du ministre iranien adjoint des Affaires étrangères, Saïd Khatibzadeh, des informations sont parvenues aux responsables libanais selon lesquelles il aurait clairement conseillé au Hezbollah de ne pas intervenir pour soutenir la République islamique en cas de nouvelle attaque. L’information, qui a d’abord circulé en douce avant de faire pratiquement la une de nombreux médias, a été interprétée comme une injonction faite par Téhéran au commandement du Hezbollah. Les commentaires qui ont suivi la diffusion de cette information affirmaient tous que le Liban pourrait être à l’abri d’une nouvelle escalade régionale.
Toutefois, les parties concernées indiquent que la situation est quelque peu différente. D’abord, le Hezbollah refuse de parler de ses intentions, arguant qu’il ne peut pas prévenir les Israéliens de ce qu’il compte faire. Mais les Libanais n’ont-ils pas le droit de savoir ce qui les attend ? Le Hezbollah répond qu’il faut d’abord voir ce que les Israéliens comptent faire. S’ils veulent lancer une attaque de plus grande envergure contre le Liban ou non. En tout cas, il affirme qu’il prendra une décision en fonction des « circonstances ».
Le Hezbollah ne dément pas les informations sur les conseils iraniens qui lui auraient été adressés. Il indique que l’Iran ne lui a « jamais » demandé de mener une guerre de soutien en sa faveur. Selon lui, le 8 octobre 2023, il s’agissait d’un front de soutien à Gaza. L’Iran aurait même conseillé au Hezbollah de ne pas se mêler de la bataille en cours à Gaza, mais l’ancien secrétaire général Hassan Nasrallah avait fait le choix contraire. Plus tard, le 2 mars 2026, lorsque le Hezbollah a déclenché ce qu’on appelle « la seconde guerre de soutien », cette fois à l’Iran, les sources proches du parti affirment là aussi que celui-ci n’a pas réagi à la demande des Iraniens, mais après de longues concertations internes. La nouvelle offensive américaine et israélienne avait été menée à partir du 28 février et le Hezbollah n’a réagi que lorsque le guide suprême iranien Ali Khamenei a été assassiné. Or il s’agit, pour le Hezbollah, d’une autorité religieuse très importante. Sans oublier les multiples violations du cessez-le-feu par Israël.
Toutes ces explications visent, pour le Hezbollah, à montrer qu’il ne prend pas ses décisions sur la base d’injonctions iraniennes. Pourtant, la divulgation du conseil que lui a adressé l’émissaire iranien, à ce moment précis, pourrait justement avoir pour objectif de montrer que le Hezbollah reste sous la tutelle de Téhéran, en dépit de ses propres démentis. Selon les informations détaillées parvenues aux autorités, l’émissaire iranien aurait ainsi affirmé à ses interlocuteurs du Hezbollah que la République islamique n’a pas besoin de l’ouverture d’un front de soutien parce qu’elle a préparé des surprises à ses ennemis en cas d’attaque contre elle. De plus, une intervention du Hezbollah ne changerait rien aux rapports de force actuels dans la région, puisqu’il n’a pas les moyens de modifier l’équation, et ce serait le Liban qui devrait en payer le prix. Selon l’émissaire iranien, dans le contexte actuel, le Hezbollah devrait surtout se consacrer à régler la situation interne libanaise et les Iraniens, avec le soutien des houthis du Yémen et probablement des factions irakiennes qui sont proches d’eux, seraient en mesure de faire face à de nouvelles attaques.
Toutefois, les sources du Hezbollah affirment que celui-ci agira selon ses propres calculs. Ces sources cherchent ainsi à montrer que la formation prend seule ses décisions, contrairement à ce que disent ses adversaires qui la classent comme une formation iranienne. Le Hezbollah montre aussi qu’il rattache ses décisions à la réalité libanaise, car il garde ouverte la possibilité de réagir en cas d’attaque israélienne contre le Liban. Mais il ne s’agira pas, cette fois, de l’ouverture d’un front de soutien.


